Vincent DO est un artiste local accompagné par La Luciole, que nous avons déjà accueilli en concert et que nous sollicitons également pour des projets d’action culturelle.

Il a pris part (et prend encore part) aux projets suivants :

  • 2019-2020 : « La Fabrique à Chansons » inscrite dans le cadre du dispositif « Les Fabriques à Musique » de la SACEM, à l’école L’Orée d’Écouves à Lonrai
  • 2020 : intervention musicale à l’IME La Garenne à Saint-Germain-du-Corbéis
  • 2020 : « Reflet de Luciole » dans le cadre du dispositif « Culture-Justice » au Centre Pénitentiaire d’Alençon – Condé sur Sarthe
  • 2020-2021 : « Atelier chant parents-enfants » dans le cadre du « Contrat de Ville 2020 » au Centre Social Edith Bonnem à Alençon

 

Nous lui avons demandé son témoignage au sujet de son implication dans ces projets. Le voici :

Vie artistique et action culturelle

Moment de pause dans le milieu du spectacle et plus largement dans le secteur culturel. Un moment pour faire le point, ranger et redonner du sens à ce que nous réalisons. La proposition de la Luciole d’apporter une réflexion personnelle sur le travail effectué en partenariat avec son équipe dans le domaine de l’action culturelle me semble opportune et je tiens à les remercier pour leur sollicitation.

Lorsqu’on met en place un projet artistique évoluant dans le spectacle vivant, on prend des idées, on les mélange à notre sensibilité, on glisse le tout dans un moule (musical me concernant), on enfourne dans des studios de répétition et d’enregistrement, enfin on sert le résultat sur scène avec le trac au ventre : « Pourvu que le public apprécie… » Ce fameux trac ! Celui qui me fait dire avant chaque concert « Pourquoi je fais ce métier ? Pourquoi je m’inflige ça ? » L’envie de faire plaisir au public, de leur donner le meilleur que je puisse donner ! Puis une fois la première note jouée, je sais pourquoi je le fais : pour cette indéfectible envie de profiter de ce moment privilégié ; être avec les autres, se raconter nos histoires, vibrer ensemble. Jacques Brel disait qu’un artiste, c’est quelqu’un qui a mal aux autres. Belle leçon d’humilité et d’empathie quand beaucoup mettent un « A » majuscule à ce mot « artiste » utilisé trop souvent de manière emphatique. Il n’y a aucune prétention à se revendiquer artiste à partir du moment où l’on se réalise avec sincérité et authenticité.

Le partage devient alors une évidence et une valeur intrinsèque à la vie artistique. L’action culturelle va dans ce sens. Elle apporte une relation à l’autre avec une plus grande proximité et nous amène à une véritable remise en question sur notre pratique artistique. Le public que l’on rencontre devient une sorte de miroir qui nous oblige à définir comment le processus d’écriture, de composition se met en marche à l’intérieur de nous. Si nous arrivons à nous regarder dans ce miroir avec bienveillance et honnêteté, alors nous arrivons à transmettre et donner le goût de la création d’une chanson, d’une musique ou d’un spectacle.

Il faut souvent démystifier ce processus qui serait réservé à une sorte d’élite culturelle, toujours ces mêmes « Artistes » et leur majuscule… On apprend alors que même avec une minuscule, de tous petits riens de nos vies, nous pouvons les exprimer dans une discipline artistique et nous en avons tous les capacités ! Le processus devient moyen d’expression, de communication, avec la force de la musique pour jouer sur la sensibilité, l’émotion de son auditeur. Puis on retravaille, le style, on cherche les mots les plus justes à l’expression de ce que nous ressentons. On affine, on polit, on lustre… On devient un artisan de l’art…Est que ça pourrait être ça un artiste? N’importe qui, qui aimerait passer du temps dans une discipline artistique pour définir ce qu’il est, ce qu’il ressent, ce qu’il vit ? En fait, un artiste, ça peut être moi, ça peut être vous… c’est nous !

Et le talent me direz vous ? Je me réfèrerai une nouvelle fois à Brel sur ce sujet : C’est du potentiel non travaillé, rien de plus…

À l’heure où nos politiques tentent de définir ce qui est essentiel ou non, la simple réflexion sur ce qu’est l’art, la culture, les artistes, les actions culturelles, nous amène à la question de notre propre condition humaine en tant qu’être social avec toute sa sensibilité, sa complexité, ses contradictions. Certes, les liens que nous tissons ensemble lors d’un spectacle vivant ou lors d’actions culturelles ne rentrent pas dans les lignes « bénéfices » des tableurs Excel. Toutefois, c’est dans le milieu de la culture, que l’on travaille ce terreau social, qui jardine le vivre ensemble, la compréhension de l’autre avec ses différences, et qui je l’espère, permettra un avenir plus apaisé et bienveillant.

Vincent DO
Auteur, compositeur, interprète.

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